L’ouverture récente par Carrefour Belgique d’un nouveau magasin autonome BuyBye sur le Corda Campus de Hasselt marque une nouvelle étape dans l’évolution du commerce alimentaire belge. Avec ce micro point de vente fonctionnant sans caisse ni personnel sur place, Carrefour poursuit le déploiement d’un modèle qui semblait encore expérimental il y a quelques années et qui, aujourd’hui, apporte une réponse aux nouveaux modes de consommation, liés à des rythmes de vie de plus en plus fragmentés. Cette évolution marque-t-elle le début d’une nouvelle ère dans le retail ? Avec quelles conséquences et quelles limites ?
BuyBye : comment fonctionne un magasin autonome ?
Lancé en Belgique fin 2023, le concept BuyBye repose sur un principe simple : permettre au client d’entrer, de choisir ses produits et de repartir sans passer par une caisse traditionnelle.
Le magasin est généralement composé de réfrigérateurs et de rayonnages connectés. Le client s’identifie via une carte bancaire ou une application, accède au magasin, prend les produits souhaités puis quitte simplement les lieux. L’intelligence artificielle, associée à des systèmes de pesée et de reconnaissance visuelle, identifie automatiquement les articles prélevés et déclenche le paiement.
Le nouveau point de vente de Hasselt constitue à ce jour le plus grand BuyBye en Belgique. Installé au cœur du Corda Campus, il propose une offre de repas prêts à consommer, snacks, boissons, produits de dépannage et même un distributeur de billets.
Une tendance pas si récente
Le magasin autonome n’est pas une nouveauté absolue.
Dès 2018, Amazon faisait sensation avec ses magasins Amazon Go aux États-Unis, qui promettaient déjà une expérience sans caisse grâce à la vision artificielle et aux capteurs.
En Europe, plusieurs distributeurs ont depuis exploré cette voie, notamment :
- Carrefour avec BuyBye en Belgique ;
- Aldi avec différents tests de magasins autonomes au Royaume-Uni ;
- Auchan avec plusieurs expérimentations en France.
La Belgique apparaît aujourd’hui comme un terrain particulièrement favorable à ces innovations. Carrefour y exploite désormais plusieurs implantations BuyBye dans des lieux à forte fréquentation mais aux besoins spécifiques : siège de l’entreprise à Zaventem, base militaire du SHAPE à Mons, hôpital MontLégia à Liège, hôtel Ibis à Bruxelles-Midi ou encore campus technologique à Hasselt.
Le choix de ces emplacements n’est pas anodin : ils concentrent des flux continus d’utilisateurs ayant besoin d’un accès à l’alimentation en dehors des horaires commerciaux classiques.
L'éclatement des horaires de consommation comme moteur
Les horaires sont d’ailleurs le principal argument au coeur du déploiement des concepts de magasins automatisés.
Le modèle historique du commerce alimentaire reposait sur des rythmes relativement homogènes : courses le samedi, achats de proximité après le travail, fermeture nocturne.
Aujourd’hui, les comportements sont beaucoup plus éclatés, avec la multiplication du télétravail, les horaires décalés dans de nombreux secteurs (santé, services, logistique), la mobilité accrue et le développement de la consommation « sur le pouce » et du snacking. Désormais, les consommateurs souhaitent accéder à une offre alimentaire au moment précis où le besoin se présente, qu’il soit 6h du matin, 22h ou un dimanche après-midi.
Cette logique explique également le succès des formats de proximité, des supérettes urbaines, du quick commerce, des ouvertures dominicales ou encore du click & collect alimentaire.
Le magasin autonome apparaît ainsi comme une réponse économiquement viable à des plages horaires où la présence permanente de personnel serait difficilement rentable.
Une opportunité aussi pour les artisans et les petits commerçants ?
Si les grandes enseignes disposent des moyens et de la technologie nécessaires pour développer des magasins autonomes, une autre tendance émerge parallèlement : celle des distributeurs automatiques alimentaires nouvelle génération.
On observe depuis plusieurs années en Belgique, en France et aux Pays-Bas une multiplication de :
- distributeurs de pain artisanal ;
- casiers réfrigérés pour produits fermiers ;
- distributeurs de plats préparés ;
- points de vente automatiques de viande, fromages ou produits laitiers ;
- boutiques en libre-service dans les exploitations agricoles.
Pour de nombreux artisans boulangers, bouchers ou producteurs locaux, ces solutions représentent une forme de « micro-commerce autonome » beaucoup plus accessible financièrement qu’un véritable magasin sans personnel.
L’objectif est similaire : prolonger les heures de vente sans augmenter les coûts de main-d’œuvre.
Dans certaines zones rurales, ces dispositifs permettent même de maintenir une offre alimentaire de proximité malgré la raréfaction des commerces traditionnels.
Entre innovation et limites
Le modèle autonome soulève néanmoins plusieurs questions.
Pour les métiers de bouche, le conseil, la découverte et la relation humaine restent des éléments essentiels de la valeur ajoutée. Un magasin autonome conviendra mieux aux achats fonctionnels ou de dépannage, mais beaucoup moins aux achats impliquant conseils ou personnalisation.
Si les jeunes générations sont généralement à l’aise avec ces dispositifs, une partie de la clientèle reste attachée à l’interaction humaine et peut éprouver des réticences face à des systèmes perçus comme complexes ou intrusifs.
L’avenir du food retail ne sera probablement ni totalement automatisé ni totalement traditionnel.
Le développement des magasins autonomes comme BuyBye montre surtout que le commerce alimentaire entre dans une phase d’hybridation : magasins classiques, e-commerce, click & collect, distributeurs automatiques et points de vente autonomes coexistent pour répondre à des usages différents.
Pour les professionnels de l’alimentation, l’enjeu n’est donc pas tant de remplacer l’humain que de trouver le bon équilibre entre proximité, service et accessibilité.
L’ouverture du nouveau BuyBye de Hasselt illustre parfaitement cette dynamique : la technologie devient un outil au service d’une consommation toujours plus flexible, où l’heure d’achat compte parfois autant que le produit lui-même.





