FRANK MESTDAGH

AMBASSADEUR DE SAVEURS & MÉTIERS 2027

Co-fondateur des magasins d’Ici, enseigne crée en 2021 et engagée pour la valorisation des produits wallons à Naninne, Wépion et Champion, Frank fait partie de l’aventure Saveurs & Métiers depuis ses débuts. Membre du comité de pilotage fondateur, il a contribué à façonner un salon pensé par et pour les professionnels.  

Quels sont ses moteurs et challenges aujourd’hui ? Que représente Saveurs & Métiers pour lui ? Comment le salon contribue-t-il à alimenter sa passion au quotidien et l’aide-t-il se projeter dans l’avenir de son métier et le développement de son enseigne ? Découvrez-le sans attendre en vidéo.

En bref

💡 Saveurs & Métiers, un réservoir à idées
Pour Frank Mestdagh, le salon est un rendez-vous incontournable pour prendre du recul, rencontrer producteurs et confrères, découvrir les tendances et faire évoluer ses assortiments.

🌱 Le local, mais surtout le goût
Chez d’Ici, le circuit court et la valorisation des producteurs locaux sont au cœur du projet. Mais pour lui, une chose prime : un produit local doit avant tout être bon pour donner envie aux clients de revenir.

🤝 La rencontre pour faire évoluer les métiers
En réunissant producteurs et acteurs de la distribution, Saveurs & Métiers facilite les échanges et peut contribuer à faire grandir les producteurs locaux. Une façon aussi de rester « éveillé » aux évolutions des produits, technologies et métiers.

SAVEURS & MÉTIERS, UN RÉSERVOIR À IDÉES ET À RENCONTRES POUR RÉINVENTER LES MÉTIERS DU COMMERCE ALIMENTAIRE

Découvrez l'interview complète de Frank

Comment sont nés le concept et le projet des magasins d’Ici ? 

Je suis actif dans le secteur de l’alimentation depuis plus de 30 ans maintenant. Je viens d’une famille qui exploitait un gros groupe de distribution, dans lequel j’ai moi-même travaillé pendant pas mal de temps. J’ai vu la distribution alimentaire évoluer d’une façon qui progressivement ne me convenait plus et dont je trouvais plus vraiment le sens.  

De là est venue l’idée de proposer autre chose : un commerce où les producteurs ne seraient plus considérés comme des fournisseurs mais plutôt comme de vrais partenaires ; un commerce où l’on proposerait les bonnes choses qu’on cultive et produit chez nous.  

Pour moi, consommer local, c’est du bon sens en fait ! C’est s’approvisionner avec ce qui est disponible autour de nous et contribuer à une forme de relocalisation de l’économie en s’adressant à des producteurs et productrices situés à deux pas. C’est aussi choisir des produits beaucoup moins transformés et ultra savoureux.  

Aujourd’hui, l’enseigne d’Ici, ce sont 3 magasins en région namuroise. Le concept a donc grandi assez vite ! Il y a toute une gestion derrière cette croissance : personnel, partenaires producteurs, stocks… Comment ça tourne au jour le jour ? 

Ça tourne globalement bien, puisqu’on a la chance d’être toujours là après autant d’années.  
En fait, depuis toujours, l’essentiel n’a pas changé : tout démarre toujours par la sélection des produits… et cette sélection, elle passe par la rencontre avec les des producteurs.  

Le commerce, c’est d’abord un métier de relations, donc de personnes. Il faut avoir envie de collaborer ensemble. Une fois que l’envie est là, on passe aux modalités pratiques (étiquetage, livraisons, etc.). Et puis le lien et les interactions continuent puisque ce sont les collaborateurs des magasins qui passent les commandes et les producteurs qui viennent souvent eux-mêmes livrer leurs produits.  

Y a-t-il des difficultés dans cette gestion quotidienne ?  

Notre challenge, c’est que 70% de notre chiffre d’affaires provient des produits frais. Or un produit frais a une durée de vie très limitée : une salade, par exemple, dès qu’elle est coupée, elle perd de la valeur. Il faut que les clients l’emportent le plus rapidement possible. On doit donc continuellement générer du trafic dans nos 3 magasins et veiller à commander au plus juste, au niveau des quantités.   

Est-ce que le fait de travailler avec des producteurs locaux ne vous soumet pas à des risques plus grands, notamment pour l’approvisionnement qui peut être tributaire d’aléas comme une météo défavorable ?  

Les aléas climatiques, je pense que tous les acteurs de l’alimentaire y sont soumis d’une façon ou d’une autre. Je dirais que dans notre cas, au contraire, comme on travaille avec des plus petits acteurs et des producteurs indépendants, on est sur des chaînes d’approvisionnement beaucoup plus courtes… et donc aussi beaucoup plus réactives !  
On l’a vu pendant le Covid : nos magasins étaient approvisionnés de l’ensemble des produits sans trop de difficultés alors qu’il y avait par ailleurs des pénuries, pour la farine par exemple. On n’a pas connu ces situations de pénurie et c’est justement parce que nos producteurs voulaient à tout prix trouver et mettre en place des solutions : c’est leur gagne-pain !  

Bien entendu, travailler avec une multitude de producteurs plutôt qu’avec de grands groupes, c’est aussi pas mal de contraintes au niveau de la coordination et du suivi administratif : pour chaque magasin, ce sont près de 150 commandes passées par semaine et donc autant de livraisons et réceptions à organiser ! Mais c’est aussi toute la richesse de notre activité, ce contact régulier avec les producteurs.  

Les magasins d’Ici existent depuis près de 15 ans. Est-ce qu’aujourd’hui, votre métier vous passionne toujours autant ? Vous vous verriez faire autre chose ? 

Non, vraiment pas ! Le métier reste passionnant, car il s’inscrit dans de nombreux enjeux à l’échelle de la planète, mais aussi de notre région. L’alimentation, c’est évidemment avant tout un besoin physiologique. Mais les choix que l’on fait à ce niveau impactent la santé, le climat, l’environnement et la biodiversité.  

A notre niveau, on peut contribuer à l’échelle régionale. On a toutes les cartes en main et tous les atouts pour utiliser l’alimentation comme un levier de transformation de notre société : on a des producteurs, des terres, des mangeurs, des chercheurs dans les centres d’études et les universités… Tout est là et je trouve qu’il y aurait moyen d’exploiter davantage tout ce potentiel et d’intégrer l’alimentation dans la stratégie pour le redéploiement de la Wallonie.  

Il suffit de réfléchir à tout ce qu’il est possible de faire avec des aliments aussi basiques que le lait par exemple… Quand on pense à la diversité de fromages produits chez nous, aux glaces, aux crèmes… C’est énormément de satisfaction de pouvoir apporter sa petite pierre à l’édifice. 

Découvrez les profils de Marjan, Patrick et Cindy

Défis de coordination, passion du produit et entretien du lien avec vos producteurs, contribution à votre échelle à certains enjeux de société… On entend que vous avez énormément de moteurs au quotidien. Est-ce que le salon Saveurs & Métiers peut jouer un rôle dans tout ça, vous aider à avancer, vous inspirer ? 

Ce dont je suis sûr, c’est que c’est très rarement assis derrière son bureau qu’on a des idées ! C’est en se déplaçant, que ce soit chez un producteur, chez un confrère ou encore dans les allées de salons tels que Saveurs & Métiers. C’est là qu’on rencontre d’autres personnes, qu’on assiste à une conférence, qu’on décèle les prochaines tendances, qu’on goûte un nouveau produit. Ce sont ces moments-là qui font que, plus tard, un client va pouvoir découvrir et acheter quelque chose de nouveau dans nos magasins.  

J’ai par exemple le souvenir d’un vigneron que nous avions échantillonné en magasin ; on avait goûté son produit et on ne l’avait pas trouvé exceptionnel. Et deux ans plus tard, je le revois à Saveurs & Métiers et je goûte à nouveau. Je trouvais que le produit avait très bien évolué. Aujourd’hui, c’est un vin qui est très apprécié et qu’on vend beaucoup. 

Donc oui, visiter Saveurs & Métiers, c’est prendre une ou plusieurs journées pour s’éloigner du suivi quotidien, prendre un peu de hauteur, faire le plein de nouveaux contacts, alimenter la pompe à idées… Alimenter votre passion, c’est d’ailleurs le slogan du salon, non ? Saveurs & Métiers est vraiment un événement qu’on ne rate pas et on y va même souvent avec plusieurs personnes de l’équipe. C’est très important, inspirant et riche car ce qui attire les clients dans nos magasins, c’est aussi l’évolution régulière de nos assortiments, le fait de pouvoir y trouver des nouveautés, de pouvoir être encore étonnés.   

Vous parlez du salon comme d’un réservoir à idées, un miroir des tendances… Parmi les tendances actuelles dont le salon fait largement écho, il y a le circuit court, les produits locaux. C’est un peu votre ADN ! Est-ce que ce côté local fait plus recette aujourd’hui qu’hier ? 

Quand l’aventure d’Ici a démarré en 2013, on ne parlait pas vraiment du local. C’est venu par après, progressivement jusqu’au moment du Covid où on ne parlait plus de cela ! On a d’ailleurs fait des chiffres impressionnants durant cette période. Maintenant, le soufflé est retombé et on en parle nettement moins. Pour autant, on continue à voir du monde dans nos magasins.  

Vous savez, quand j’ai imaginé le projet d’Ici, je pensais un peu naïvement que les clients viendraient surtout pour le côté sociétal, pour favoriser une économie relocalisée, diminuer leur impact environnemental, trouver des produits moins transformés. Mais en fait, les gens viennent d’abord parce que les produits sont bons et que même s’ils sont parfois peu plus chers, cette qualité vaut le coup. C’est ce qui les fait revenir. Donc oui, parler du local c’est important, mais ce n’est pas suffisant. Il faut surtout que le produit soit bon !  

En gagnant du terrain, les produits locaux ont aussi davantage trouvé leur place dans les enseignes de la grande distribution. Comment vous positionnez-vous par rapport à cela ? 

Je me réjouis que la grande distribution s’approvisionne beaucoup plus en local. Ça donne plus de débouchés à nos producteurs et à leurs produits alimentaires, que sont de très grande qualité. Et puis, cela fait beaucoup plus sens en termes de consommation. La distribution doit voir plus loin, réfléchir à son impact global au niveau social ou environnemental, plutôt que d’aller s’approvisionner toujours plus loin pour quelques centimes de moins.  

Pensez-vous que Saveurs & Métiers, avec sa large zone « Saveurs de chez nous », aide à faire évoluer la distribution dans cette direction ?  

J’en suis convaincu ! Parce que le salon vient avec des réponses concrètes : les produits sont là et leurs producteurs aussi ! Il joue un rôle de facilitateur en permettant d’atténuer certains freins.  

Vous savez, j’ai beaucoup côtoyé les acheteurs dans la distribution belge et un peu à l’étranger. En caricaturant très certainement, les acheteurs sont d’abord conscients de leurs objectifs de marges : ils vont surtout se préoccuper de négocier les prix des produits, mais sans toujours chercher à comprendre les réalités des producteurs. Cette méconnaissance donne parfois lieu à des préjugés par rapport au local, comme la crainte de trop fortes variations au niveau des volumes disponibles. C’est une des raisons pour lesquelles les acheteurs de la grande distribution ne se tournent pas souvent vers les plus petits producteurs.  

Dans ce contexte, le salon Saveurs & Métiers va permettre de réunir dans ses allées acheteurs et producteurs. Le fait qu’on y découvre des produits locaux avec un emballage réussi, un code-barre, parfois même une fiche technique, c’est de nature à rassurer. Et au-delà de ces critères, je reviens sur l’importance de l’humain, de la relation : la rencontre avec le producteur, l’écouter expliquer comment il fabrique son vin, son fromage, son biscuit, sa bière, c’est extrêmement précieux et c’est souvent le début de quelque chose. 

Vous étiez déjà présent au lancement du salon Saveurs & Métiers. Quel souvenir gardez-vous de ce moment et comment avez-vous vu le salon évoluer ?  

J’ai eu la chance de participer au sein du groupe de travail et de réfléchir aux attentes auxquelles répondre avec la création du salon. Je me souviens de la satisfaction de voir se concrétiser cet événement auquel j’ai œuvré avec d’autres, d’autant qu’il n’y avait pas d’autres salons de ce type dans notre région. Saveurs & Métiers a su trouver sa place et j’apprécie beaucoup de voir comment il a évolué, notamment en donnant une place croissante aux producteurs locaux. Je trouve que c’est une bonne chose que ces producteurs osent, à travers le salon, venir au contact des acteurs de la distribution, rencontrer des acteurs tels que nous mais aussi peut-être ambitionner de convaincre encore de plus gros clients. Je vois Saveurs & Métiers comme un véritable accélérateur pour nos producteurs locaux, pour les aider à se déployer au niveau régional.  

Y a-t-il encore un message que vous voudriez faire passer aux professionnels du commerce alimentaire qui n’ont encore jamais poussé les portes de Saveurs & Métiers ?  

Je ne peux que les encourager à prendre au moins une journée pour aller visiter le salon. Dans Saveurs & Métiers, il y les mots « saveurs » et « métiers ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Les saveurs, c’est la découverte de produits savoureux, innovants, intéressants. Quant aux métiers, le salon offre une opportunité de les repenser ou de les réinventer, en se confrontant à d’autres professionnels pour bousculer ses idées, en découvrant de nouveaux équipements.  

Dans les métiers de la distribution et du commerce alimentaire, on utilise parfois cette phrase en anglais qui dit « retail is detail ». Cela veut dire que la satisfaction des clients dans un magasin, elle passe par une multitude de petites choses. Donc pour nous les professionnels de ce secteur, c’est important de rester « éveillés » aux évolutions de nos métiers, qu’il s’agisse de produits ou de technologies et équipements.